La Seine, en aval de Rouen, ne trace pas une ligne mais deux méandres serrés, presque des boucles complètes, qui enferment entre eux des marais et des coteaux boisés. C’est ce territoire que le Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande a été créé pour préserver, à la charnière de l’estuaire et de la vallée fluviale.
Un parc dessiné par les méandres du fleuve
Le périmètre du parc suit fidèlement les deux grandes boucles que forme la Seine entre Rouen et l’estuaire, ce qui lui donne une forme allongée et sinueuse plutôt qu’un massif compact. Cette géographie particulière multiplie les points de vue depuis les corniches calcaires qui dominent le fleuve, notamment autour de la boucle de Roumare et de celle d’Anneville-Ambourville. On y découvre la Seine sous un angle rarement montré ailleurs, encaissée entre des coteaux boisés qui contrastent avec l’image d’un fleuve large et plat.
Cette configuration a aussi longtemps isolé les communes du fond de boucle, reliées au reste de la région par des bacs plutôt que par des ponts. Plusieurs de ces liaisons fonctionnent toujours, gratuites, et restent l’un des moyens les plus simples de traverser le fleuve à hauteur du parc sans détour par un pont routier parfois éloigné de plusieurs dizaines de kilomètres.
Les marais de la basse vallée, entre eau douce et marée
Au pied des coteaux, la basse vallée de la Seine conserve des marais alluviaux façonnés par les crues et par la remontée de la marée jusqu’à Rouen. Ces zones humides accueillent une avifaune abondante, particulièrement en période de migration, et jouent un rôle d’éponge naturelle pour le fleuve. La charte du Parc naturel régional des Boucles de la Seine normande fixe des objectifs précis de préservation de ces milieux, en encadrant notamment les usages agricoles et l’urbanisation de leurs abords.
La route des fruits, qui longe une partie de la boucle de Roumare, traverse ces mêmes coteaux plantés de vergers en terrasses, une tradition arboricole qui a survécu à la déprise agricole plus longtemps ici que dans la plaine environnante. On y trouve aussi bien des pommiers à cidre que des cerisiers, avec des points de vente directe qui rythment les hameaux traversés.
La forêt domaniale, entre exploitation et sentiers balisés
Une grande partie du territoire du parc reste couverte par des massifs forestiers domaniaux, plantés en hêtre et en chêne sur les plateaux qui surplombent les méandres. Cette forêt n’est pas un simple décor laissé à l’abandon : elle fait l’objet d’une gestion sylvicole suivie, qui alterne parcelles en exploitation et zones laissées en évolution plus libre, une distinction que le promeneur repère facilement à la densité du sous-bois traversé.
Des sentiers balisés relient ces massifs aux corniches qui dominent le fleuve, offrant une alternative ombragée aux boucles ouvertes du bord de Seine lors des journées les plus chaudes. La fréquentation y reste nettement plus faible que sur les points de vue emblématiques du parc, ce qui en fait un choix pertinent pour qui cherche la tranquillité plutôt que le panorama immédiatement identifiable.
L’abbaye de Jumièges, repère du fond de vallée
Sur la rive concernée par l’une des boucles se dresse l’abbaye de Jumièges, ruine romane et gothique parmi les plus hautes de France, longtemps abandonnée après la Révolution avant de devenir un site patrimonial protégé. Sa silhouette, visible depuis plusieurs points du parc, sert de repère visuel dans un paysage où le relief et la végétation limitent souvent les perspectives lointaines.
Ce patrimoine bâti dialogue avec le patrimoine naturel du parc : la charte encourage explicitement les visiteurs à relier les deux, en évitant que l’abbaye ne devienne une étape isolée, déconnectée des marais et des coteaux qui l’entourent. Les moines qui occupaient jadis l’abbaye entretenaient d’ailleurs eux-mêmes une partie des terres agricoles et des vergers alentour, un lien entre le bâti et le paysage cultivé qui perdure aujourd’hui sous une autre forme, portée par les producteurs locaux plutôt que par une communauté religieuse. Pour prolonger la sortie autrement que par la marche, organiser son budget de sorties du week-end reste un exercice utile avant de multiplier les visites sur un même territoire.






